La mémoire puise-t-elle sa force dans l’apprentissage ?
Bien qu’il existe plusieurs types de mémoire, lesquels se développent à partir de l’expérience de nos cinq sens, il en est une mémoire imparable qui est liée à l’apprentissage. On pourrait dire qu’il s’agit de la même chose, et c’est à peu près vrai. L’apprentissage d’une langue, par exemple, fait appel à la mémoire auditive, donc un sens. Puis, au moment de la lecture des mots qui confèrent l’écriture de cette langue, c’est la mémoire visuelle qui prend le relais. Toutefois, comme on peut le constater, l’apprentissage peut se servir de la totalité des sens ou d’une partie pour permettre à la mémoire de se développer. On peut donc distinguer la mémoire issue de l’acuité d’un sens et de la mémoire issue de l’ensemble de ces sens en fonction de l’expérience vécue.
À présent, considérons l’expérience quotidienne et plaçons-la sur plusieurs niveaux de conscience. Partons du postulat suivant :
- La mémoire enregistre nos expériences passées.
Dans ce cas, l’on doit prendre en compte toute notre histoire depuis le moment de notre naissance. Et si l’on considère que la mémoire stocke les éléments les plus importants ou les plus impressionnants dans le cortex, on est alors à peu près sûr que notre naissance laisse des traces indélébiles.
On en arrive alors à un autre constat :
- La mémoire est liée à notre développement psychoaffectif
Quel impact peut donc avoir notre premier contact avec la vie au moment même de notre naissance sur la mémoire ?
Est-ce que l’amour, que nous recevons ou pas, l’accueil chaleureux ou l’indifférence d’un parent agissent-ils sur notre développement et sur notre mémoire ?
Notre mémoire va-t-elle, à la suite de cette première expérience, stocker des informations favorables à notre croissance ou limiter notre potentiel ?
Les scientifiques qui se penchent sur la question de la mémoire s’accordent sur le fait qu’il existe bien une interdépendance entre l’expérience et la mémoire acquises. On parle de mémoire sensorielle qui se développe de plusieurs façons. On note trois types principaux de mémoire.
La mémoire sensorielle qui s’imprègne de tout ce que les sens lui transmettent. Elle ne conserve que très peu de temps les perceptions, à peine pas plus de trois secondes.
La mémoire à court terme qui se comporte d’une manière sensiblement identique à la précédente, sinon qu’elle garde plus longtemps les traces laissées par les événements, les rapports sociaux… On pourrait presque dire qu’elle sert d’intermédiaire avec la mémoire suivante.
La mémoire à long terme retient les événements marquants, le langage, la sémantique des mots, les visages…
On peut donc constater que la mémoire, par des chemins multiples, trouve son essence dans l’expérience et se développe à partir des sens.
Pourquoi la mémoire s’ingénie-t-elle à déformer la réalité ?
Des études récentes démontrent que la mémoire nous joue de drôles de tours, sans pour autant souffrir de problèmes particuliers, comme la maladie d’Alzheimer ou des troubles associés à des lésions cérébrales.
Aucune personne ne peut restituer avec exactitude un événement qui lui est arrivé sans qu’elle le transforme d’une manière ou d’une autre. Freud, en son temps, parlait déjà des faux souvenirs. Il pensait qu’un individu qui avait souffert d’un événement traumatisant cherchait inconsciemment à remplacer la réalité par une fausse mémoire qui lui servait d’écran. Ainsi, il pouvait construire sa personnalité à partir de ce faux souvenir.
Des études menées à l’université de Genève par le Professeur en psychologie Martial Van Der Linden et son collègue Arnaud D’Argembeau révèlent que notre mémoire nous restitue les souvenirs d’événements personnels d’une manière bien plus édulcorée qu’il n’y parait. À l’issue de leurs expériences, ils sont arrivés à la conclusion suivante :
- Les personnes optimistes et en bonne santé psychiques préféraient se remémorer les bons moments de leur existence tout en rajoutant des fioritures à l’événement pour mieux les valoriser.
- Les personnes dépressives se souvenaient davantage des moments difficiles, donnant un maximum de détails sur les événements tragiques qui leur étaient arrivés.
La conclusion de cette étude révèle qu’un individu, lorsqu’il est amené à restituer des souvenirs de son passé, il le fait en confortant l’image qu’il se fait de lui. En d’autres termes, une personne optimiste restituera ses souvenirs avec des scènes héroïques tandis qu’une personne dépressive aura tendance à se positionner comme victime.
En fait, notre cerveau aime à restituer nos souvenirs en fonction de notre état d’esprit. Ces souvenirs aident un individu à construire sa personnalité et à créer son devenir.
C’est un peu comme si tous les souvenirs n’étaient que de la pure fiction et que cette fiction serve à promouvoir une réalité plus adaptée. Cela soulève évidemment d’autres problématiques, comme de savoir ce qu’est la réalité.
Finalement, nous pourrions nous interroger sur la qualité de notre cerveau, et penser qu’il ne fonctionne pas vraiment bien. D’un autre point de vue, nous pouvons lui reconnaître une parfaite intelligence. Dans ce cas, l’idée qu’il travestisse nos souvenirs n’a d’intérêt que pour nous protéger des souvenirs trop douloureux. Ainsi, notre cerveau nous préserve des souffrances psychologiques et émotionnelles de façon à ce qu’elles n’interfèrent pas avec le quotidien. Il nous est alors possible de repartir sur des bases positives.
Néanmoins, on peut se demander si de garder un souvenir inconscient et douloureux ne risque pas nous faire subir un retour de manivelle ?
Toutes ces questions restent à élucider. La science et la psychologie se croisent et s’apportent des solutions mutuelles.

